Perspectives filière laitière normande - 23/09/14 - Caen

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Quels élevages laitiers en Normandie en 2020 ?

La 3e rencontre Économie et Marchés agricoles des Chambres d’agriculture de Normandie, a rassemblé plus de 370 participants. Les 25 intervenants ont contribué à donner les perspectives à la filière laitière normande et ont insisté sur ses atouts incontestables et sa forte notoriété.
Pour alimenter les débats, le Pôle Economie et Prospective des Chambres d’agriculture de Normandie a construit 3 scénarios d’évolution d’ici à 2020 pour la filière laitière normande. De l’avis général des intervenants, ces 3 scénarios ont été jugés globalement plausibles ; certains intervenants s’inscrivant plutôt dans l’un ou l’autre des hypothèses. Cette prospective a rempli son rôle de réunir les éléments du débat et de servir de base à une réflexion collective de la filière laitière normande.

7 enseignements pour l’avenir laitier normand !

  1. L’exportation hors Union Européenne est une opportunité partagée par toutes les laiteries présentes. L’implantation à l’international consolide les liens commerciaux avec la France et permet de développer des flux. Ce développement enracine les entreprises normandes : les entreprises laitières sont implantées dans les territoires ruraux et des liens forts existent entre les salariés des laiteries et les producteurs (communauté de vie, relations familiales…).
  2. Le secteur laitier peut-être offensif sur le marché mondial : croissance de la conso/habitant combinée à celle du nombre d’habitants. Ce n’est plus le cas des viandes prises dans leur globalité.
  3. Les laiteries interpellent la Commission Européenne pour qu’elle utilise les outils à sa disposition afin d’enrayer la baisse annoncée des prix du lait, en augmentant le prix d’intervention (actuellement à 220 €/t équivalents laits).
  4. La fin des quotas va conduire à une co-construction de la filière avec et autour des Organisations de Producteurs : partager une vision commune des marchés et échanger sur les indicateurs est incontournable pour apprendre cette nouvelle relation éleveurs-laiterie où beaucoup reste à faire.
  5. La piste de l’IGP Normandie (indication géographique protégée) pourrait aussi concourir à créer de la valeur ajoutée à tous les produits laitiers normands (hors fromages AOP) notamment sur le marché français.
  6. Les producteurs de lait vont avoir de nombreuses opportunités. Dans le contexte fluctuant qui les attend, la construction d’un projet d’entreprise sera primordiale. De nouvelles compétences devront être intégrées dans les domaines du management, de la gestion du stress, du rapport aux autres.
  7. Anticiper et intégrer la gestion des risques avec une épargne de précaution pour le côté individuel mais aussi travailler sur la gestion collective des risques.

3 scénarios : tendanciel, optimiste et pessimiste

La réflexion sur l’avenir des élevages laitiers en Normandie s’organise autour d’un scénario « tendanciel », où toutes les tendances actuelles sont prolongées hormis la fin des quotas. Partant du scénario tendanciel, se définit un scénario « optimiste » caractérisé par une bonne conjoncture globale dans la filière laitière normande. L’élément moteur est la croissance du débouché européen, la vive croissance du débouché mondial et la modération du prix des cultures. Le scénario dit « pessimiste » est caractérisé par le marasme généralisé dans la filière laitière. Le moteur est le recul du débouché européen en produits laitiers.

Appelant à « la coopération et au partage équitable pour tous », François DUFOUR , vice-président de la région Basse-Normandie, a ouvert la 3e rencontre Economie & Marchés agricoles qui fût très intense en échanges.

Table ronde n°1 : Une vision partagée des groupes laitiers présents sur les opportunités à l’export

Lors de cette première table ronde, les intervenants ont échangé sur la vision des opportunités d’export pour la filière lait normande.

« La Normandie exporte sûrement plus de 5 % de sa production vers les pays Tiers (hors Union Européenne) . Lactalis est très tourné vers l es exportations (Usine d’Isigny - le -Buat et de Domfront). La consommation française est à surveiller avec importance. 60 % du lait frais est consommé en France. Le groupe Lactalis ne prévoit pas de réduire ses investissements dans l’hexagone et croit fortement à l’exportation . » Michel NALET, Lactalis

« Le secteur laitier est porteur. On va sûrement alterner ces scénarios. La coopérative AGRIAL a choisi d’offrir des opportunités laitières à ses adhérents. » Philippe ALLANIC, Agrial

« Un tiers de la production de Danone se situe en Normandie. Le scénario sera entre le tendanciel et l’optimiste. Danone développe une division lait infantile dans un univers de forte concurrence. La destination vers les pays tiers n’est pas envisageable pour les produits frais de Danone. Partout, les consommateurs sont d’abord sensibles à la qualité des produits. En France on a aussi la particularité d’être sensible à la provenance .» Florence CHAMBON, Danone

« 30 % des volumes Bongrain transformés en Normandie sont commercialisés hors de France. Le marché est à maturation en France et en Europe. Il faut surfer sur la vague des produits de qualité. La crème est en fort développement. Le groupe Bongrain a le souhait de produire localement et de dévelo pper l’export. Il faut parler du grand ouest de la France pour avoir du sens au niveau de l’Union Européenne. » Daniel CHEVREUL, Bongrain

« La décision d e la CLHN d’investir dans u n e première transformation donne des perspectives et de la visibilité aux éleveurs tout en les sécurisant. 70 à 80 % du prix du lait en France dépend d’une valorisation vers les produits frais, il n’y a donc pas de raison qu’il y ait tant de volatilité. En Normandie, on peut faire beaucoup de choses et les producteurs peuvent s ’adapter. » Pierre POIXBLANC , CLHN

« Je trouve la vision des agriculteurs français très défaitiste. Les Danois ont juste besoin de messages clairs et ils y vont. Qu’attendez -vous pour donner des messages aux agriculteurs ? » Catherine LECORNU, producteur

Questions - réponses

Michel NALET et Daniel CHEVREUL profitent de la présence de la Commission Européenne pour demander une hausse rapide des prix d’intervention. La crise qui s’annonce est avant tout due à une hausse de la production mondiale et européenne. La décision russe d’embargo est un catalyseur. C’est un bon test des outils de gestion de crise de la nouvelle PAC et de la réactivité des instances bruxelloises.

Réponse de Sophie HELAINE, DG Agri Unité E2 – Modélisation agricole et prospective, Commission Européenne : L’activation du stock privé est d éjà en œuvre. Une procédure de retrait n’est pas du tout à l’ordre du jour .
La révision du prix d’intervention doit être soumise aux décisions du parlement et du conseil des Ministres, ce processus est très lourd et peu probable. On reste dans l’optique de filet de sécurité. A Bruxelles, on ne souhaite pas brouiller les signaux de marché, ce qui serait le cas en augmentant le prix d’intervention ce qui aurait pour conséquence d’accro ître trop les stocks.
Daniel CHEVREUL note que les américains dans leur nouveau "Farm Bill" disposent d’un outil assurantiel contre les crises, ce qui n’est pas le cas des européens.

Table ronde n°2 : Relation producteurs – transformateurs, tout est à inventer et à construire

Suite aux réactions sur la stratégie pour la Normandie Laitière en 2020, les intervenants ont abordé les relations entre les producteurs et les laiteries : perspectives d’évolution des modes de relation.

« Les « fournisseurs » et les « acheteurs » devraient/doivent partager les mêmes données économiques sur la filière pour faciliter la communication et les relations lors de moments tendus. Les relations ne seront pas toujours parfaites, il y a et il y aura des tensions. » Daniel CHEVREUL , Bongrain

« Les OP sont jeunes, nous sommes en phase d’apprentissage . Nous sommes attachés aux OP et nous souhaitons travailler avec eux. Il est important d’avoir de bonnes relations avec elles. Nous passons du temps à les « construire » pour en faire des OP fortes, et donc de meilleurs interlocuteurs. Chez Danone, 70 à 80 % des agriculteurs ont donné mandat à une OP. » Sophie GODET-MORISSEAU, Danone

« Pour une coopérative, la fin des quotas fait que les responsabilités de gestion des volumes sont transférées aux adhérents. Des instances sont mises en place dans la coopérative pour piloter ces volumes. Il s’agit d’un engagement réciproque. » Philippe ALLANIC, Agrial

« Les OP peuvent amener à mieux se comprendre et sortir de la relation « gros méchant industriel » contre « gentil producteur ». Lactalis a fait des dizaines de réunions pour les OP. Mais compte tenu de sa dimension internationale, Lactalis ne peut pas avo ir le même comportement qu’une laiterie de plus petit rayonnement. » Michel NALET, Lactalis

« Par rapport aux scénarios, je penche plutôt pour le pessimiste, mais j’espère au moins le tendanciel. J’ai un constat d’échec avec l’entreprise. A l’échelle française, seulement 18 % des éleveurs Lactalis ont adhéré à une OP. Ce n’est pas assez massif, et Lactalis ne fait pas d’efforts pour faciliter leur mise en place. » Max VIE, OP Lactalis

« Chez Sénagral, Agrial est majoritaire et la structure fonctionne comme une entreprise à capitaux privés, tout doit se discuter. Il n’est pas à l’ordre du jour de repasser à un fonctionnement plus « coopératif » (confirmé par M. Allanic) » Fabrice ESPRIT, OP Senagral.


« Les relations entre les éleveurs et Bongrain sont bonnes. 95 % des éleveurs ont adhéré à l’OP, preuve que le travail a porté ses fruits, et que le producteur a confiance. Au quotidien, l ’OP gère les volumes et les prix, et réfléchit sur l’avenir et la gestion de la filière (comment installer les jeunes...) . » Sylvain DESGRANGES, OP Bongrain

« La coopérative est une organisation de producteurs à elle toute seule. Les bonnes relations qui pourront s’établir entre les producteurs et l’OP : c’est ce qui fera vivre l’OP. Pour nous , l’important est de communiquer entre nous et de jouer la transparence, ce qui est le rôle d’une coop. » Pierre POIXBLANC, CLHN

Table ronde n°3 : La nécessité d’une stratégie d’entreprise

Face aux changements, le plus important pour l’exploitant est de se fixer des objectifs et de construire une stratégie pour les atteindre en accord avec son environnement global. Ces éléments doivent être partagés entre les associés si l’exploitation est en forme sociétaire. Les outils, comme le robot ou la génétique, sont des moyens et ne doivent pas uniquement être des objectifs.

Evolution des systèmes vers plus de résilience

La pluralité des ateliers dans les exploitations et plus largement des systèmes laitiers en Normandie, est un atout. Elle permet au bassin laitier normand d’être robuste face aux changements et à la volatilité des cours. L’agrandissement ne doit pas être réalisé dans l’unique but de faire des économies d’échelle car au - delà de 100 VL (vaches laitières) il n’en existe plus ou beaucoup moins. L ’agrandissement peut s’inscrire dans un projet d’organisation où la main d’œuvre est plus nombreuse et spécialisée par atelier. Un exploitant gagne à se comparer. Souvent les gens performants sont ceux qui enregistrent beaucoup de données sur leur exploitation et qui se remettent en cause, et ces gens sont dans tous les systèmes, même les petits. La première chose est d’avoir un objectif personnel et de l’identifier. Il est possible de se spécialiser sans s’agrandir. La France, en général, et la Normandie en particulier, compte une très forte diversité d’exploitations. C’est lié au rattachement du quota à la terre. Cédric GARNIER, Chambres d’agriculture de Normandie

L’Homme, moteur au centre des projets

La motivation des éleveurs est la clef de l’avenir de la production laitière. Un entourage positif et motivé est à privilégier. Le savoir-faire ne suffit plus, le savoir- être est également mis à l’honneur. L’amélioration continue est nécessaire, de nouveaux outils existent : coachs, réseaux internationaux, formations continues telles que la gestion du stress, la prise de décisions en groupe, etc. L’exploitant est le chef d’entreprise dans toutes ses dimensions et de fait, doit veiller à la cohérence de son système dans ses choix. Il doit savoir gérer les conseils, en préparant ses rendez-vous, en filtrant et analysant les informations qui lui parviennent. Sophie MARÇOT, BTPL

La technologie et la science au service de l’Homme et des systèmes

La technologie s’invite de plus en plus dans les exploitations pour la traite, l’alimentation mais aussi le suivi de la santé des animaux. Elle nécessite de synthétiser de très nombreuses informations. David SAULNIER, France Conseil Elevage

Les robots recentrent les exploitants sur leur métier d’éleveur. En outre , ils permettent de redonner le goût du métier d’éleveur aux jeunes. Mais attention, l’exploitant doit veiller à la cohérence du système avec robot de traite : soins, taille des bâtiments, alimentation, identification des limites de l’exploitation. Cédric GARNIER et Sophie MARÇOT

Il y a eu un gros changement en génomique en 2008. Le séquençage du génome permet désormais de mettre une performance technique en face d’un gène, ce qui va permettre u ne accélération considérable de la sélection génétique. La génomique et les semences sexées offrent à la filière laitière la possibilité d’être plus compétitive ou réactive face aux évolutions des marchés, en raccourcissant la durée de la sélection. En outre, ces outils permettront demain de mieux répondre aux normes européennes, notamment de bien-être animal et environnemental. Thierry SIMON, Evolution

Table ronde n°4 : La synthèse à chaud

Cette dernière table ronde offrait un temps de parole sur les voies qui s’ouvrent pour la filière laitière normande à l’horizon 2020.

« La période des certitudes est finie, les marges seront variables et les résultats aussi. L’appréciation du risque dans les projets d’exploitation doit être davantage intégrée avec un outil essentiel : sachons profiter d’une période favorable pour anticiper les périodes difficiles et constituer une réserve de trésorerie. » Patrick LEMARTINEL, Crédit Agricole

« Les OP ont un grand rôle à jouer dans les relations éleveurs-laiteries, pour remplacer la relation éleveurs-administration. J’appelle de mes vœux une co - constrution d’ outils de gestion et prévention des risques marge dans la filière. » Laurence SELLOS, producteur de lait, présidente de la commission élevage Chambre régionale d’agriculture de Normandie

« J’ai entendu des signes positifs , que les entreprises privées avaient l’intention de développer des volumes vers les pays tiers à partir de l’Ouest de la France. Le nom Normandie est notre meilleur élément marketing et doit être partagé par le plus grand nombre. J’ai bon espoir pour la re lance du dossier IGP de Normandie sur nos produits laitiers hors fromage. Les discussions aujourd’hui ont avancé. Pour produire l’investissement dans le bâti , c’est primordial, tout comme la simplification administrative et là cela ne coûte rien : il faut élaguer, élaguer. Faisons d’abord la réunification de la Normandie : nous avons un nom, faisons d’abord l’unité autour de ce nom. Ensuite on recherchera des collaborations avec la Bretagne- Pays de la Loire. » Jean TURMEL, producteur de lait, président du CIRLAIT

« La qualité des laits est un vrai levier pour améliorer sa rentabilité et réduire les risques. Nous devons réfléchir au sein de l’interprofession pour accompagner les OP dans leur structuration. A l’aube d’une nouvelle période, il faut accompagner les éleveurs sur leurs compétences managériales. Ils en ont plus besoin qu’un appui financier. » Christian DELUGEAU, industriel, président du CRIL

« Je retiens l’optimisme des participants sur l’avenir du secteur laitier normand avec tous les atouts de notre territoire. Cela ouvre des perspectives aux jeunes. Le développement cela tient parfois à peu de chose : un animateur de CETA qui motive tout le monde et on voit encore les résultats 20 ans après. » Jean Louis BELLOCHE, producteur de lait, président du COREP

« A l’issue de cette journée , on voit plus clair sur qui nous sommes, où nous allons et de quels élevages laitiers nous voulons. La gestion des risques économiques est un dossier central pour cette filière et je souhaite que nous travaillions à un partage de ces risques entre les maillons. Il est essentiel que les éleveurs ne portent pas seuls les risques. Les chambres d’agriculture disposent de toutes les capacités pour accompagner la mutation du secteur laitier et des exploitations laitières. Plus que des connaissances techniques, nous apportons aux éleveurs une forte capacité à guider et éclairer au moment des choix d’évolution. » Daniel GENISSEL, producteur de lait, président de la Chambre régionale d’agriculture de Normandie

« 2015 sera une année décisive . La Normandie a des atouts considérables . La baisse des aides PAC pour le secteur laitier est un problème. Les points clés de la stratégie de bassin à construire pourraient être la formation des exploitants et des conseillers d’exploitation , l’installation, et l’accroissement des performances économiques. Les mises aux normes seront prioritaires dans les programmes d’investissement . J’ai bien entendu l’appel à la modération réglementaire mais je voudrais dire que la complexité est parfois co- construite par le dialogue avec la profession. Il faut accompagner la filière dans les nouvelles relations contractuelles : il faut des OP fortes, des contrats robustes et qui anticipent les fluctuations de prix. » Jean CHARBONNIAUD, préfet de la région Basse-Normandie et du bassin laitier normand 

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